Industrie des Sciences de la Vie : (R)évolution !

Aujourd’hui, les sciences de la vie sont bouleversées : avalanche d’innovations scientifiques et technologiques, médecine personnalisée, « expérience patient », pression sur les coûts et les délais, enjeux sur la valorisation des données, la réglementation, les recrutements, la réorganisation de toute la chaîne de valeur… Cet article vous en propose un rapide tour d’horizon.

Abordez le sujet des « Sciences de la vie » sans y avoir touché pendant quelque temps, et vous lui découvrirez un nouveau visage, tant les innovations sont rapides, nombreuses et décisives. Une constante toutefois : les intelligences et les technologies qui sauvent des vies et atténuent les effets de la maladie et des blessures, sont toujours là. Chercheurs, praticiens, développeurs de dispositifs médicaux, pour ne citer qu’eux, bénéficient en effet de l’émergence et de la maturation de nouvelles technologies qui leur permettent d’explorer de nouveaux possibles et susciter des innovations qui semblaient impossibles il y a encore quelques années. Tout cela en centrant leurs efforts sur le patient, nous le verrons plus loin.

 

« De l’évolution à la révolution »

Voilà une centaine d’années que les sciences de la vie s’améliorent de manière incrémentale, principalement grâce à de nouveaux médicaments qui sortent régulièrement, à de nouvelles techniques également. « Mais nous sommes arrivés à un moment très perturbant pour les industriels du secteur », assure Guillaume Kerboul, Director & Life Sciences Business Experience Consultant, chez Dassault Systèmes EuroWest. « C’est le passage d’une évolution à une révolution, moins technique que dans la manière de faire », poursuit-il ajoutant que « les industriels doivent aujourd’hui tout repenser pour se transformer ».

La gestion des talents est à l’image de cette nouvelle réalité. Selon Guillaume Kerboul, « il y a encore dix ans, une société pharmaceutique faisait de la chimie et recrutait des chimistes. Aujourd’hui, cette même société réalise qu’elle a non seulement besoin de chimistes, mais aussi de biologistes, de marketeurs ou encore de développeurs d’applications pour les smartphones : certains acteurs ont beau avoir 80000 salariés, ces derniers profils, ils ne les ont pas et se demandent comment les attirer ».

Alors, quelles sont donc les principales raisons qui poussent le secteur des sciences de la vie à faire sa révolution ? Quels sont les grands sujets qui forment la tendance actuelle de cette industrie bien spécifique ?

 

Une avalanche d’innovations

En même temps terreau et moteur des changements actuels, « l’avalanche d’avancées scientifiques et technologiques, propres à l’industrie des sciences de la vie, comme la révolution des médicaments biologiques, des thérapies cellulaires, des thérapies géniques, mais aussi extérieures à cette industrie, comme le cloud, l’intelligence artificielle, la robotique, les nanotechnologies, explique Guillaume Kerboul, crée de nouvelles opportunités à saisir par les différents acteurs ».

D’ailleurs, ces nouvelles technologies ont favorisé l’arrivée de « shakers », ces nouveaux entrants petits ou gros (comme Google ou Walmart) qui, comme leur surnom l’indique, secouent les acteurs historiques du marché, grâce notamment à leurs importants moyens. Mais aussi, comme le dit Guillaume Kerboul « parce qu’ils n’y connaissent rien, parfois, ce qui leur permet de faire les choses très différemment. Et ça passe ».

 

Cette première vague de l’innovation appelle dans le même temps un changement de paradigme : pourquoi se concentrer sur le soin alors qu’on pourrait empêcher les gens de tomber malades ? Toujours pour Guillaume Kerboul, « c’est du bon sens : on prévoit et l’on sécurise mieux les éléments d’un business de prévention, que ceux d’un business de traitement. Mais cette grande tendance est aussi tirée par l’attente des patients et des payeurs ». La question du coût est en effet la troisième grande vague qui déferle sur l’industrie des sciences de la vie.

 

La révolution du coût

Tout le secteur des sciences de la vie est confronté à la pression toujours plus forte des milieux de la santé, des patients nécessitant des soins plus personnalisés, des consommateurs et des décideurs politiques. Cette pression a pour objectif de réduire les coûts des soins de santé, les délais et les coûts de commercialisation des nouveaux produits. Et de se conformer à la réglementation de plus en plus sévère.

« Avant tout il faut comprendre qu’il n’y a plus de ‘blockbuster’ », pose en préalable Guillaume Kerboul, aussi bien médicamenteux que sur le plan des dispositifs médicaux ». C’est un effet mécanique, dû au déferlement d’innovations, de solutions et d’acteurs. Les investisseurs sont donc plus attentifs qu’avant aux projets choisis, avec également une orientation vers un principe de « value based pricing » : on paie au résultat. Autrement dit, plutôt que de rembourser un médicament ou un dispositif médical lorsqu’il est prescrit, comme c’est le cas dans la plupart des pays aujourd’hui, on remboursera si cela fonctionne.

Pour Guillaume Kerboul, « c’est encore une tendance à venir, même s’il existe des exemples comme Novartis qui a sorti durant l’été 2019 un médicament en thérapie génique, pour un cas particulier de leucémie chez l’enfant. Le coût d’un traitement, qui représente une injection, est de 400.000 dollars par patient. Et c’est remboursé. Cela peut paraître énorme. Mais aucun autre traitement ne permet d’obtenir le même résultat à ce jour, il évite de mourir. Et c’est à un coût comparable d’une prise en charge classique qui serait longue et n’obtient pas les mêmes résultats ».

L’industriel doit donc expliquer que son médicament ou son dispositif médical fonctionne, qu’il n’a pas d’effet négatif, et que son effet positif est significativement supérieur aux autres solutions sur le marché. Reste que pour le moment, acter le remboursement d’un médicament ou d’un dispositif médical en fonction de sa valeur apportée, appartient au futur. Mais de nouvelles idées se mettent en place dans cet état d’esprit.

 

Expérience patient, le nouveau graal ?

Qu’il s’agisse de la pharmacie, des biotechnologies, des dispositifs médicaux ou des soins aux patients, comme l’affirme Claire Biot, Vice-Présidente Industrie des Sciences de la Vie chez Dassault Systèmes, « nos clients ont compris qu’ils devaient davantage se concentrer sur des expériences centrées sur le patient et créer de nouveaux processus pour les prendre en charge. Cela implique des changements fondamentaux dans la planification stratégique, les processus opérationnels, les cadres de réglementation et les solutions technologiques ».

Watch video here | Patient centric care is the need of the hour and companies in the life sciences industry intend to keep pace. By , Vice President, Life Sciences Industry.

 

Cela incite aussi les entreprises à réexaminer leurs processus de développement, de vérification et de validation pré-cliniques, d’études cliniques, de conformité réglementaire, de fabrication, d’approvisionnement. Pour y parvenir en maximisant leurs probabilités de réussite, nous le verrons plus loin, une bonne solution est d’adopter une approche en plateforme collaborative numérique, comme la plateforme 3DEXPERIENCE de Dassault Systèmes. Car c’est toute une chaîne de valeur qui change, avec de nouveaux écosystèmes, tous au profit de l’expérience patient au final.

 

Soins personnalisés : un champ énorme

Aujourd’hui, de grandes avancées ont été réalisées en matière d’efficacité, en travaillant sur de multiples facteurs comme par exemple le coût de fabrication ou la forme d’injection. Au final, plus de patients sont soignés. En schématisant, le temps de la société de chimie qui fait de la science profonde pour trouver la meilleure molécule qui soignera le cancer, est révolu. « Dorénavant, explique Guillaume Kerboul, on cible un cancer pour un type de personnes, pour ensuite chercher ce qui lui est spécifique. Cela ouvre un champ énorme ».

La médecine personnalisée demande d’explorer des directions, d’avoir une approche pluridisciplinaire et multi-acteurs. « Les entreprises de 80 ou 100000 personnes qui assurent toute la chaîne, c’est fini, assure Guillaume Kerboul, il faut travailler avec des institutions académiques, des startups, avec Dassault Systèmes, voire des concurrents car le but premier, c’est d’avancer ».

Tout ceci pose la question du lien entre les patients et les industriels.

 

Medidata : tester et tracer

A ce titre, une nouvelle et très importante acquisition de Dassault Systèmes officialisée en octobre 2019, Medidata Solutions, vient renforcer le lien indirect entre les patients ayant suivi des essais cliniques et les industriels pharmaceutiques. Cet éditeur américain, leader des solutions d’analyse de données dans le cadre d’essais cliniques vient ainsi compléter Dassault Systèmes et ses solutions de sciences de la vie de la plateforme 3DEXPERIENCE. Bernard Charlès, Vice-président du Conseil d’administration et Directeur général de Dassault Systèmes, a déclaré dans le communiqué de presse commun que « le secteur des sciences de la vie marque une étape importante et témoigne de la valeur du monde virtuel pour faire face à la complexité du développement d’une médecine personnalisée et d’expériences centrées sur le patient. L’innovation scientifique multidisciplinaire et la performance industrielle appellent une approche plate-forme reliant les points communs entre les personnes, les idées et les données ».

 

 

Présent depuis 2012 dans les Sciences de la vie, Dassault Systèmes est d’ores-et-déjà partenaire « avec les 20 plus grandes entreprises biopharmaceutiques au monde », ainsi qu’avec « des centaines d’entreprises de biotechnologie, des fabricants de dispositifs médicaux, des instituts de recherche et des organismes de réglementation gouvernementaux pour développer et commercialiser des services de santé innovants produits et technologies, en utilisant la puissance des univers virtuels pour transformer l’expérience du patient ».

 

L’autonomisation du patient

Toujours autour de la qualité du lien avec le patient, une autre notion importante à prendre en compte : le « patient empowerment » ou « l’autonomisation du patient ». Pour Guillaume Kerboul, « la meilleure technologie du monde ne soignera pas si les patients ne sont pas « empowered” », c’est-à-dire habilités, autonomisé dans le cadre de leur traitement. « C’est une pression, une demande du patient, qui souhaite être responsabilisé, qui a envie de comprendre les raisons d’un traitement ou d’un dispositif médical, et au final d’influencer lui-même la conduite de sa santé », ajoute-t-il.

IASO est un prototype d’injecteur portable conçu avec la plate-forme 3DEXPERIENCE, véritable révolution pour le traitement de certaines pathologies nécessitant des injections fréquentes.

Conscient de cette attente, Dassault Systèmes a créé un produit virtuel, IASO, qui permet de déplacer en quelque sorte l’hôpital à la maison. Ce concept consiste en un système d’injection portable de nouvelles molécules qui provoquent moins d’effets indésirables, mais sont pourtant injectées à l’hôpital. Cela a d’autres avantages aussi en matière de réduction des coûts : pas ou moins d’hébergement à l’hôpital, pas de taxi, ni de salaire à rembourser en l’absence du patient de son travail. On le voit, la notion « d’expérience patient » va prendre de plus en plus d’importance.

 

Récupérer et rapprocher les données

Tout ceci implique, pour les entreprises pharmaceutiques ou de dispositifs médicaux, d’ouvrir un chantier gigantesque de récupération des données de recherches ou d’essais passés. De toutes les données. Y compris celles que l’on considérait comme « perdues ». Guillaume Kerboul, Director & Life Sciences Business Experience Consultant, chez Dassault Systèmes EuroWest, en donne ici un exemple : « il y a dix ans, une entreprise pharmaceutique a mis un médicament sur le marché contre le cancer du sein, gagnant ainsi une course contre des milliers d’autres molécules qui, elles, ont échoué. Or, ces dernières pourraient intéresser des départements de l’entreprise voire d’autres sociétés, qui travailleraient par exemple sur le cancer de la vessie, et souhaiteraient récupérer ces données. Aujourd’hui, ils peinent à le faire, car ces données ont été rangées et structurées de telle manière que si vous posez la question « Est-ce que ce médicament marche contre le cancer du sein ? », la réponse serait « Non, pas assez ». Conclusion : si vous cherchez des molécules contre le cancer de la vessie, vous ne trouverez pas les données liées au cancer du sein. Alors qu’elles pourraient servir ».

Dans cette situation, comme dans bien d’autres, l’intelligence artificielle est d’une utilité réelle, permettant de contourner le système de classement en place, mais également de transformer les données en connaissances, elles-mêmes capitalisées et valorisées à volonté. Bien entendu, cela pose la question de la réglementation, indispensable et protectrice de patients qui ont donné leur consentement pour que les données les concernant soient utilisées dans le cadre d‘un essai particulier. « Mais la réglementation commence à travailler sur ces sujets, non pas pour rigidifier, mais pour réfléchir à ce que l’on fait de toutes ces données. Rappelons ce message important que la réglementation est là pour protéger le patient » insiste Guillaume Kerboul.

 

Un gros défi d’exécution

Pour en revenir à la médecine personnalisée, un autre défi majeur va être pour elle de passer d’un monde de fabrication de masse où des milliards de cachets de paracétamol sortent depuis 20 ans des mêmes usines sans que rien n’ait changé, au cas extrême cité plus tôt de Norvatis qui produit pour une injection unique à 400.000 dollars un lot de fabrication spécifique à chaque patient. Or, « dès que vous changez un détail dans votre usine ou sur le médicament, des instances vérifient, testent, fait remarquer Guillaume Kerboul, cela crée un gros challenge d’exécution car avec la pression du coût qui vous demande de produire en continu, comment faites-vous dans un système où tous les jours vous réarrangez votre chaîne de production ? ».

La médecine personnalisée implique également une médecine mondiale, « ce qui nécessite de passer à un gros appareil de production formé de quelques usines, avec ensuite des avions, des bateaux, des camions qui font le lien avec d’autres usines qui, elles, sont au plus près du patient. » conclut Guillaume Kerboul.

 

Plateforme collaborative virtuelle

Pour faire face à tous ces bouleversements et ces défis, l’ensemble des outils de la plateforme 3DEXPERIENCE de Dassault Systèmes, « permet de gérer et d’optimiser toute la chaîne de valeur, en pensant globalement », indique Guillaume Kerboul qui ajoute : « dès le début, grâce à notre plateforme de collaboration holistique et globale, vous pouvez vous dire « je veux à la fois soigner le cancer du cerveau, mais je veux aussi que cela soit confortable, plus efficace et différenciant que les autres solutions du marché. » Et comme vous savez depuis le début également que cela doit fonctionner avec un injecteur, c’est un guide ».

Cet article est issu d’un entretien avec Guillaume Kerboul, Director & Life Sciences Business Experience Consultant, chez Dassault Systèmes EuroWest.

Pour en savoir davantage sur la valeur apportée par Dassault Systèmes aux secteurs de la santé, ça se passe ici.

 

Frédéric Mélot

Journaliste, auteur et communicant depuis 20 ans, Frédéric Mélot est aussi un entrepreneur de la transformation numérique des médias et des entreprises depuis 1999. En 2017, il crée l’agence conseil Ch@pô, content factory BtoB.